Effet perturbateur de la pluie sur l’évolution journalière de la concentration des spores de rouille du blé dans l’air

Cet article publié dans la revue "Agricultural and Forest Meteorology" met en valeur des données aérobiologiques et épidémiologiques collectées par Frédéric Suffert, qui s’était intéressé en 1999 lors de son stage d’ingénieur agronome aux processus de dispersion par lesquels la pluie influence l’évolution de la concentrations de spores de rouille au-dessus d’un couvert de blé. Il aura fallu attendre 25 ans, et un déménagement de Grignon à Saclay, pour prendre conscience de l’originalité des données et les analyser avec le recul nécessaire. Comme le dit l’adage, "c’est avec les vieux Burkards qu’on fait les meilleures soupes de spores" !

La rouille jaune et la rouille brune, causées respectivement par Puccinia striiformis f. sp. tritici et Puccinia triticina, menacent la production de blé chaque année. La prévision de ces deux maladies nécessite une compréhension approfondie des mécanismes qui gouvernent la dispersion des spores, moteur des épidémies. De nombreuses études ont soit utilisé des données de terrain pour des approches corrélationnelles sans intégrer la connaissance des mécanismes physiques de dispersion, soit se sont appuyées sur des approches physiques en conditions contrôlées en se concentrant seulement sur certains mécanismes et facteurs. Les approches intégratives sur le terrain, où le vent et la pluie ont un impact complexe, ont été négligées. Cette étude comble ce vide en caractérisant les processus par lesquels la pluie affecte la concentrations de spores en suspension dans l’air au-dessus d'un couvert de blé pendant une épidémie. Pendant plus de deux mois, des dénombrements bi-horaires de spores collectées dans l'air avec des pièges Burkard ont été couplés à des données météorologiques, révélant des tendances à la fois saisonnières et journalières. Les pics diurnes de concentrations de spores, généralement provoqués par des changements de la vitesse du vent et de l'humidité relative, ont été profondément impactés par les épisodes pluvieux : ils ont soit amplifié les concentrations de spores (jusqu'à 25 fois) par un effet mise en suspension à sec (rain-puff), soit les ont diminuées par lessivage de l’air (wash-out) et des feuilles (wash-off). Les épisodes pluvieux ont été catégorisés selon leurs impacts : les pluies "précursrices" déclenchent la libération de spores, tandis que les pluies "suiveuses" (et prolongées) réduisent les concentrations de spores dans l'air. Des différences dans la dynamique de dispersion des spores des deux rouilles ont par ailleurs été constatées, et reliées à l'influence de l'humidité et du vent sur la taille de leurs amas respectifs. Ces résultats permettent de mieux comprendre les effets de la pluie et pourraient contribuer à améliorer les modèles de prévision des risques.

Référence : Suffert F. 2025. Disruptive effect of rainfalls on the diurnal periodicity of airborne wheat rust spore under field conditions. Agricultural and Forest Meteorology, sous presse [preprint].

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